DEDICACE A MES OREILLES : Chronique

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    WISHBONE ASH - ARGUS  : 1972  (Pressage UK 1973)

               Touché par la Grâce

ARGUS est élu meilleur album 1972 par les lecteurs de SOUND et MELODY MAKER, devant MACHINE HEAD de DEE¨P PURPLE. Ce succès est totalement mérité pour ce groupe méconnu du grand public mais qui signe ici un album historique.

Sur ARGUS, tous les musiciens de WISHBONE ASH sont en état de grâce et les superbes envolées des 2 guitaristes solistes Andy POWELL et Ted TURNER sur des mélodies mémorables dominent cet album sorti de nulle part.

 

Il y a sur ARGUS tous les morceaux de bravoure du groupe, qu'ils interprètent à chacun de leurs concerts, en commençant par BLOWIN FREE, THE KING WILL COME ou encore THROW DOWN THE SWORD ou WARRIOR.

Ce sont les titres les plus connus mais sur ARGUS il y a d’autres chansons bien meilleures.

Il y a notamment le magnifique TIME WAS qui ouvre l'album, avec son intro magique à la guitare acoustique, jouée tout en picking par un Andy POWELL impérial, suivi d'une longue cavalcade de plus de 6 minutes, ponctuée par un duel de guitares, dont WISHBONE ASH a le secret.

Ces envolées à la guitare ne sont pas sans rappeler un autre groupe débutant à l’époque d’ARGUS, LYNYRD SKYNYRD qui du côté de Jacksonville a certainement beaucoup écouté cet album avant de graver FREE BIRD.

Pour preuve de cette similitude, il n'y a qu'à se pencher sur le 2ème morceau d'ARGUS, sans doute le plus beau de l’album.  SOMETIME WORLD est tout simplement délicieux d'un bout à l'autre grâce toujours à un duel lumineux des 2 guitaristes. On atteint l'exceptionnel sur ce titre, et c'est vrai, qu'il y a incontestablement un côté "sudiste" sur leur façon de terminer leurs chansons. Après un début très tranquille sur lequel les roucoulades des 2 chanteurs rappellent CROSBY STILLS & NASH, le solo de guitares qui s'en suit,  exécuté  par Ted TURNER et Andy POWELL fait  partie à coup sûr des tous meilleurs jamais exécutés par un groupe de rock, et peut être comparé aux 4 minutes éternelles de Jimmy Page lors de son envolée en concert sur STAIRWAY TO HEAVEN,  à Mick TAYLOR et son incomparable démonstration de virtuose sur TIME WAITS FOR NO ONE ou encore à Carlos SANTANA et Neil SCHON, incendiant carrément leurs instruments sur SONG OF THE WIND, ou même  à Rusty BURNS de POINT BLANK sur l'épique GREAT WHITE LINE, sans oublier finalement un Buck DHARMA, définitivement diabolique sur son VETERAN OF THE PSYCHIC WARS.

C'est bien à toutes ces références absolues que doit être comparée la cavalcade de TURNER et POWELL sur SOMETIME WORLD.

 

L’autre moment de grâce d’ARGUS est une ballade acoustique, LEAF AND STREAM, dont la fluidité et la douceur constituent un véritable bain de jouvence. La mélodie est une splendeur et un constitue l’interlude parfait avant le final avec les incandescents WARRIOR et THROW DOWN THE SWORD qui deviendront bientôt 2 incontournables en concert.

 

A sa sortie en 72, les critiques sont dithyrambiques et tout le monde reconnaît le talent de ce jeune groupe anglais prometteur qui en est seulement à son 3ème disque. C’est un disque à part parmi la pléthore de bons albums sortis pendant les années 70.

ARGUS est un disque qui se déguste ! C’est le genre de truc à vous faire oublier tous vos soucis.

 

Malgré ce disque incroyable, WISHBONE ASH n’obtient pas le succès qu'il mérite et son impact aux USA reste anecdotique. En Angleterre, il tourne beaucoup dans les clubs et les collèges et devient rapidement l'un des groupes anglais les plus accomplis du moment, mais la qualité de leurs albums sera trop inégale pour placer le groupe en haut de l’affiche.

ARGUS reste sans lendemain.

WISHBONE FOUR, son successeur en 73, est une énorme déception et reste à des années lumière du niveau d’ARGUS. C'est dur de retomber sur terre, après avoir tutoyé les anges.

Dans la foulée de WISHBONE FOUR, ils publient par contre un très bon double live intitulé LIVE DATES, disque adulé par les fans, sur lequel on retrouve tous leurs grands titres, y compris le très planant PHOENIX issu de leur tout 1er disque.

 

Ted TURNER, le guitariste fondateur quitte ensuite le groupe en 74, au moment où WISHBONE ASH tente une nouvelle percée aux Etats-Unis. Ils s’y installent d'ailleurs quelque temps, afin d'échapper au fisc, imitant en cela les STONES et LED ZEPPELIN.

C’est Laurie WISEFIELD du groupe anglais HOME qui le remplace.

Les 3 Albums qui suivent sont médiocres et sans intérêt aucun et finissent de décontenancer les fans de la 1ère heure.

 

De retour en Angleterre, ils sortent cependant un remarquable album en 78, NO SMOKE WITHOUT FIRE, qui fait partie des tous meilleurs de l’année. Il y avait déjà eu un regain d’inspiration en 77 sur FRONT PAGE NEWS l’album précédent.

 

Mais malgré cette embellie, WISHBONE ASH ne retrouve pas le niveau d’ARGUS et le départ en 81 de Martin TURNER lui porte un coup fatal.