DEDICACE A MES OREILLES : Chronique

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JIMI HENDRIX - ELECTRIC LADYLAND  : 1968    (Pressage UK 1973)

   Le Disque Ultime de Jimi Hendrix

Contrairement aux notes de la pochette de son 1er album, Jimi HENDRIX est né James Marshall Hendrix à Seattle le 27 novembre 42 et non pas en 47.

Initialement fan de blues, il s’engage dans l’armée en 61 dans les paras où il fait la connaissance de Billy Cox qui deviendra son bassiste.

Il quitte l’armée en 63 pour raisons de santé et vu ses talents de guitariste, commence à écumer le territoire US en accompagnant toute sorte de musiciens noirs de l’époque, dont Little Richard et les Isley Brothers.

 

En 1966, les Rolling Stones irradient les US avec leur hymne « Satisfaction » et lors d’une de leurs nombreuses tournées, Linda KEITH, alors petite amie de Keith RICHARD, remarque Hendrix lors d’un concert qu’il donne à Greenwich Village, et le trouve phénoménal.

Après avoir essuyé le refus d’Andrew Loog OLDHAM, Linda se tourne vers Chas CHANDLER, alors bassiste des ANIMALS, qui immédiatement remarque le potentiel que pourrait avoir HENDRIX dans le monde du Rock, lequel est en train de s’embourber dans une soupe Pop, tellement éloignée du rock primal.

 

C’est ainsi que Chandler ramène Hendrix à Londres..

Sa 1ère tâche est de constituer un groupe, ce qu’il fait rapidement, puis il change son prénom de Jimmy en JIMI.

Le 1er enregistrement d’Hendrix est un coup de tonnerre magistral qui secoue le monde du rock fin 66 : HEY JOE, vieux standard de folk dont la paternité contestée en revient à Billy ROBERTS, est totalement transfiguré par Hendrix qui ralentit le tempo et transforme cette complainte d’un amant trompé, en véritable brulôt qui  restera dans les annales.

C’est après cet enregistrement que Track Records, la maison de disque distribuée par Polydor, signe un contrat avec Hendrix.

Il donne alors son 1er concert en Europe à l’Olympia en 1ère partie de Johnny Halliday.

 

L’impact d’Hendrix est immédiat et foudroyant. Son Blues rock est incroyablement puissant et c’est le plus fort de l’époque. Personne n’a encore entendu un tel son.

Le monde entier est immédiatement conscient qu’il se passe quelque chose de nouveau du côté de Londres, qui va bien au delà de la musique des Beatles, des Stones et de Dylan, alors les grandes stars dominantes jusque-là.

Hendrix occupe l’actualité à lui tout seul comme aucune autre personnalité du monde musical avant lui. Tous les journalistes, tous les médias de m’époque se l’arrachent.

Son succès est mondial, alors que celui des Doors ne se limite qu’à l’Amérique.

 

C’est à cette époque que je découvre Hendrix grâce ce fameux 45 tours sur lequel figure « Hey Joe ». Je n’ai que 10 ans alors, mais lorsque Hey Joe résonne sur notre Teppaz pour la 1ère fois, je suis frappé par le son unique, qui sort de cette guitare démoniaque, et je sais qu’il va  bouleverser le monde de la musique.

Il y a des choses comme ça qui marquent une vie, et je dois avouer que celui-ci m'a réellement impressionné tout comme avant I FEEL FINE des BEATLES, THE LAST TIME des STONES, ou LA POUPEE de POLNAREFF.

 

La suite de la carrière d’Hendrix est la sortie de 45 tours magiques avant la parution du premier 33 tour : ARE YOU EXPERIENCED que je ne devais posséder que bien des années plus tard. Il y avait 2 titres d'anthologie, ARE YOU EXPERIENCED et surtout 3RD STONE FROM THE SUN.

Fin 67, sort AXIS BOLD AS LOVE avec le fameux LITTLE WING.

 

HISTOIRE D’UN CHEF D’OEUVRE

Puis arrive le chef d’œuvre absolu, celui qui révolutionne le monde de la musique, l’extravaguant double album ELECTRIC LADYLAND, un ovni parmi les ovnis.

 

Il faut remettre l’accouchement de ce disque dans le contexte de l’époque ; nous sommes en 68 et Martin Luther KING vient d’être assassiné, puis c’est au tour de Bob KENNEDY de subir le même sort. Les USA sont déchirés par des émeutes raciales et on se trouve en pleine guerre du Vietnam en train de prendre  une sale tournure suite à la gouvernance du président JOHNSON.

Malgré ce contexte social bouillant, HENDRIX est euphorique, avec son éternel chapeau sur la tête et son immense sourire qu’il affiche en permanence.

Pendant que les STONES parlent de « combats de rues » et les BEATLES de « révolution », Jimi élude les problèmes et   nous parle de sirène et voyages psychédéliques.

L’album est enregistré au RECORD PLANT et les sessions commencent d’ailleurs avant AXIS BOLD AS LOVE.

Il y a de prestigieux invités dans le studio, comme Stevie WINWOOD, Jack CASSADY entre autres. HENDRIX va se surpasser, à tous les niveaux : CREATIVITE et VIRTUOSITE.

Il est alors au sommet de son art et semble avoir été touché par la grâce.

 

Cet album, que certains prétendent avoir mal vieilli, est un authentique CHEF D’ŒUVRE, basé sur 4 moments inoubliables : VOODOO CHILD (initialement baptisé CATFISH BLUES), 1983, ALL ALONG THE WATCHTOWER et THE SLIGHT RETURN.

Il trouve alors des sonorités jusque là jamais entendues. Certains morceaux durent plus de 10 minutes. Tout est d’une richesse révolutionnaire. Rappelons-nous que nous sommes en 1968. Cet album a des décennies d’avance sur son temps et va enterrer SERGENT PEPPERS des Beatles sorti un an plus tôt.

 

La longue suite 1983, où il s’imagine, accompagné de sa petite amie, dans un voyage en quête de retrouver l’Atlandite, est un modèle du genre. Articulé autour d’un riff de guitare rappelant celui d’HOUSE OF THE RISING SUN, il arrive à nous transporter dans son monde irréel qu’il retranscrit à merveille grâce à sa technique à la guitare.

 

Un autre moment magique d’ELECTRIC LADYLAND reste la reprise d’ALL ALONG THE WATCHTOWER. Dylan a écrit cette chanson pour exprimer son mécontentement contre sa maison de disques, comparée ici  à un voleur (the thief), pendant que lui, la victime, est pris pour un bouffon (the joker).

Jimi est un fan de Dylan, surtout de son travail récent, et il tombe sous le charme de cette chanson, figurant sur l’album JOHN WESLEY HARDING sorti plus tôt dans l’année. Il lui fait subir une transformation radicale et lui inflige un traitement de choc qui fera date. D’une bluette acoustique, il la propulse dans un nouvel univers, proche des grandes musiques que propose Ennio Morricone dans ses fameuse BO des westerns de LEONE. L’ouverture est grandiose et la façon dont il prononce le 1er vers est saisissante. Le point culminant du morceau réside dans la dévastatrice série de ses 4 solos de guitare, dont le 2ème joué à la slide est absolument dantesque, le tout inondé de reverb, dont il est  passé maître.

Les GI’S ne s’y trompent pas et ALL ALONG THE WATCHTOWER devint rapidement leur hymne sur le front de la guerre du Vietnam.

 

L’album se clôture par THE SLIGHT RETURN, un conglomérat de solos destructeurs et enchevêtrés les uns dans les autres, et qui sert de catalyseur au mouvement BLACK POWER. Hendrix n’a-t-il pas déclaré que cette chanson représente l’hymne national de HARLEM ?

 

La polémique autour de la pochette prend de telles proportions que ça en devient presque ridicule.

La « pudique Amérique », capable d’autoriser de nos jours les pires spectacles qui soient, n’a toujours pas autorisé la pochette avec les femmes nues.

Ainsi va la vie aux USA. L’album sort sous 3 pochettes différentes, la plus belle représentée ici pour le seul marché UK, la plus moche est pour le marché US et les français également imagine une 3ème pochette sans relief aucun.

A propos de la pochette anglaise, la légende raconte que l’on a réuni une vingtaine de stripteaseuses de Soho et on les a shootées pour donner cette pochette mythique et controversée. Il se dit également que Jimi HENDRIX avait prévu une autre pochette représentant son groupe photographié à Hyde Park avec quelques enfants.

 

LES RETOMBEES D’ELECTRIC LADYLAND

Le dernier album sorti de son vivant n’est autre qu’un live au FILLMORE enregistré le 31 décembre 69.

Ce disque renferme un autre monument, MACHINE GUN, sur lequel Hendrix déploie tout son arsenal d’effets : fuzz, wah-wah, univibe etc…

 

Entre temps, il se lance dans l’écriture de ce qui devait devenir : FIRST RAY OF THE NEW RISING SUN, un double album, enregistré dans son studio qu’il s’est fait construire, l’ ELECTRIC LADYLAND, lui permettant d’enregistrer dès qu’il se sent inspiré.

Et un beau soir, il accouch de ce qui est pour moi son plus beau morceau HEY BABY THE NEW RISING SUN, au cours duquel sa guitare tutoie les anges.

Avec le BLACK NAPSKIN de ZAPPA et l’intro magique du SINCE I’VE BEEN LOVING YOU de Page au MSG en 73, je n’ai jamais entendu une guitare sonner aussi bien. C’est le solo le plus sensible que Jimi ait jamais enregistré. Et pourtant, le morceau reste inachevé.

 

Début septembre 70, il accepte de jouer en Europe dans les grands festivals. Il fait un concert magnifique à WIGHT mais au festival de Puttgarden en Allemagne, ça se passe beaucoup moins bien. Alors que Billy COX fait une mini overdose sur scène, des hordes de bikers et d’anarchistes se livrent à une bataille rangée, ce qui fait fuir la foule.

HENDRIX s’installe alors à LONDRES avec sa compagne d’alors, Monika DANNEMANN.

Il est déjà mal en point. Leonard COHEN prétend qu’il était très amoureux à cette période de Joni MITCHELL mais l’indifférence de cette dernière à son égard, lui fait beaucoup de mal.

 

Que s’est-il passé la nuit du 17 au 18 septembre 1970 ?

Plusieurs versions circulent,comme pour celles de la mort de Jim MORRISON et Brian JONES.

La plus plausible, contrairement a ce que prétend Monika qui affirme qu’Hendrix est mort dans l’ambulance suite à de mauvais soins, reste celle des infirmiers qui prétendent avoir découvert le corps de Jimi, gisant mort dans son vomi. Il a ingurgité trop de ces cachets de Vesperax et la tentative de réanimation s’avère hélas inutile.

 

En un peu plus de 3 ans, JIMI HENDRIX marque à jamais le monde de la musique moderne et il reste le premier musicien noir à jouer de la musique de blanc, enterrant toute la concurrence, grâce à sa classe unique.