DEDICACE A MES OREILLES : Chronique

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          STOOGES - RAW POWER  : 1973  (Pressage US 2000)

           La Sauvagerie Ultime

Après la sortie de leur 2ème  album FUNHOUSE en 1970, les STOOGES font face à la dure réalité d’un groupe de rock qui ne vend pas assez d’albums. Les ventes de FUNHOUSE sont en effet désastreuses et les patrons d’ELEKTRA, Jac HOLTZMAN et Bill HARVEY, leur refusent l’enregistrement d’un 3ème album. Le contrat est rompu et les STOOGES sont contraints de se séparer.

IGGY traverse alors une des pires périodes de sa vie. Entre les abus de drogues en tous genres et les problèmes d’argent, il est au bord du gouffre. Il décrit toute cette période dans son livre I NEED MORE, paru en 1993.

 

C’est David BOWIE qui lui remet le pied à l’étrier fin 1972, tout comme il l’avait fait six mois plus tôt avec Lou REED, et avec le succès que l’on sait.

 

Les STOOGES se reforment autour des frères ASHTON et d’un nouveau venu, James WILLIAMSON un guitariste qui joue avec un son d’une sauvagerie absolue. Tout le projet  d’IGGY repose alors sur l’utilisation de cette puissance brute. Ron ASHTON est ainsi relégué au rang de simple bassiste.

L’enregistrement a lieu à Londres sur 3 semaines. BOWIE est censé produire l’album, mais IGGY lui refuse l’accès et veut enregistrer tout seul les chansons qu’il a écrites.

Son but est de faire un disque sauvage et brutal en n’utilisant que 3 pistes sur les 24 possibles au départ.

 

Les titres sont tous exceptionnels. SEARCH AND DESTROY, un texte tiré de TIME Magazine à propos des bombardements américains au Vietnam, est une des meilleures chansons Rock jamais enregistrées. L’énergie déployée ici est indescriptible et le phrasé d’ IGGY semble irréel et colle parfaitement aux paroles. La guitare de WILLIAMSON rugit à tous les instants et on a l’impression d’entendre les bombardiers américains répandre leur Napalm sur les populations vietnamiennes. 

En terme de haute énergie, seul le STREET FIGHTING MAN des STONES surpasse SEARCH AND DESTROY.

Les titres qui suivent cette ouverture cataclysmique sont du tous du même acabit. GIMME DANGER, une des 2 chansons lentes de l’album avec le Bluesy I NEED SOMEBODY, est splendide. Retour au rock le plus furieux avec YOUR PRETTY FACE IS GOING TO HELL.

Il est évident que la façon de jouer de WILLIAMSON a dû inspirer tous les groupes Punks quelques années plus tard.

PENETRATION termine la face 1 en beauté avec cette basse vrombissante et cette batterie au son faramineux. Le rythme infernal du groupe ne faiblit pas.

RAW POWER ouvre la face 2 et c’est l’autre sommet du disque. C’est une variation autour de SEARCH AND DESTROY à la mélodie répétitive mais tellement efficace. GUNS N’ ROSES reprendra d’ailleurs cette chanson sur leur album THE SPAGHETTIS INCIDENT.

Après un léger répit avec I NEED SOMEBODY, retour à la sauvagerie avec 2 titres qui  finissent par nous aplatir complètement. SHAKE APPEAL d’abord puis les 6 minutes de DEATH TRIP, un rock venimeux sur lequel WILLIAMSON nous sort des passages à la guitare totalement extraterrestres.

 

La production de l’album ne se fait pas sans mal. Après avoir écouté les bandes, BOWIE et la maison de disques COLUMBIA refuse de sortir l’album tel quel. IGGY accepte alors contre son gré que BOWIE procède au mixage de l’album.

Et c’est là que le bât blesse. L’album sort en juin 1973 et le son est immonde. Le pressage français est carrément catastrophique. J’ai racheté une nouvelle édition US en 98, et le son est nettement meilleur. Mais si vous voulez écouter RAW POWER comme il a été conçu, il faut se procurer, une fois n’est pas coutume, le CD remasterisé et remixé par IGGY POP lui-même en 1997. IGGY a fait ici un travail extraordinaire et comme il l’explique dans les notes de la pochette, il a mis toutes les aiguilles des vumètres dans le rouge. Le son remplit la pièce et sa puissance est inégalée. La clarté est également saisissante, tous les instruments sont audibles et ne sonnent plus de manière étouffée comme sur le mixage de BOWIE.

Merci M. IGGY POP de nous avoir fait profité enfin de la qualité inimaginable de ce disque immortel.

 

La pochette est également devenue mythique grâce à cette photo réalisée par le célèbre Mick ROCK. Par contre le lettrage sanguinolent du titre de l’album a été relégué au verso de la pochette suite à la censure de COLUMBIA. Certaines rééditions dont la française de 77 ont remis ce lettrage au recto.