DEDICACE A MES OREILLES : Chronique

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  PROCOL HARUM - SHINE ON BRIGHTLY : 1968  (Original US)

   Le Chef d'Oeuvre Méconnu

Je me suis intéressé assez tardivement à ce groupe. C’est lors d’une relecture d’un article en 3 parties qu’Yves ADRIEN avait signé dans Rock & Folk en 1971.

Il y a des gens qui ont l’art de vous donner envie d’acheter des disques rien que par leurs écrits, et c’est ce qui m’est arrivé avec ceux d’Yves ADRIEN, remarquable journaliste.

A cette époque, la seule connaissance que j’ai de ce groupe est  évidemment  le fameux 45 tours A WHITER SHADE OF PALE sorti en mai 67 en pleine période psychédélique.

Mais à part ce hit, je ne connaissais rien d’autre de PROCOL HARUM.

L’écoute de leur musique est alors une véritable révélation, un peu la même sensation que celle ressentie avec les DOORS ou PAVLOV’S DOG, le genre de sensation d’avoir découvert une perle rare dont on sait qu’elle ne va plus nous quitter.

 

Le groupe s’appelle initialement THE PARAMOUNTS. Ce sont Matthew FISHER et Gary BROOKER qui le forment avec Robin TROWER à la guitare.

Il devient PROCOL HARUM lorsque Gary BROOKER, le leader du groupe, s’associe avec le parolier Keith REID. C’est lui qui signe tous ces excellents textes et poèmes pour le groupe, dont A WHITER SHADE OF PALE.

La chanson est un succès fracassant partout dans le monde alors que le groupe est déjà sujet à des problèmes de personnel. Bobby HARRISON et ROYER quittent le groupe et Robin TROWER, absent sur ce fameux hit, le réintègre.

BJ WILSON, batterie, et David KNIGHTS, basse, complètent la formation qui enregistre courant 67 l’album PROCOL HARUM sur lequel figurent 2 nouveaux succès, HOMBOURG et CONQUISTADOR.

 

Malgré cet excellent 1er disque, PROCOL HARUM a du mal à faire oublier A WHITER SHADE OF PALE et on peut affirmer aujourd’hui que ce succès prématuré a grandement nui à leur carrière, le groupe n’étant pas préparé à un tel triomphe.

Il faut signaler que PROCOL connaît alors plus de succès aux USA qu’en Angleterre du fait que les critiques anglais ont tendance à minimiser l’impact de leur musique, contrairement aux américains.

 

Malgré une baisse de popularité auprès des fans de 1ère heure, le groupe ne se décourage pas et veut prouver qu’il n’est pas seulement le groupe d’un tube. Il travaille déjà sur son 2ème album, SHINE ON BRIGHTLY, que l’on peut considérer comme étant le 1er disque du mouvement que l’on appellera bientôt Rock Progressif.

MUSIC IN A DOLL’S HOUSE de FAMILY sera l’autre élément déclencheur de ce mouvement lancé au cours de cette année 1968.

Tous les éléments de cette musique sont réunis sur cet album : Innovation, richesse des sons, mélange des styles musicaux, longueur des morceaux, nouveaux instruments utilisés et surtout des textes et des mélodies magnifiques.

 

L’album sort sous 2 pochettes différentes en automne 68. La pochette anglaise n’est pas très réussie mais celle créée par A&M Records pour l’édition américaine est somptueuse. C’est une véritable œuvre d’art qui fait partie des plus belles pochettes jamais utilisées pour un disque Rock.

 

SHINE ON BRIGHTLY est un album dont on ne sort pas indemne. La musique composée par REID, BROOKER et FISHER est d’une richesse rare. Les mélodies et les orchestrations sont splendides. C’est sans doute leur album le plus brillant, mais également et injustement leur plus méconnu.

La 1ère face est une succession de chansons, toutes les unes plus belles que les autres. Il y a la voix de BROOKER, cette façon à lui de nous émouvoir, puis l’orgue tantôt planant, tantôt ravageur de Matthew FISHER et les fameux solos de guitare sursaturée de Robin TROWER, un musicien ultra doué qui a donné, ne l’oublions pas, jadis des leçons de guitare à Robert FRIPP. Les mélodies sont profondes et viscérales, et les ruptures de rythme sont incessantes.

 

Il faut écouter ce que TROWER est capable de réaliser sur SKIP SOFTLY MY MOONBEAMS pour se rendre compte combien ce guitariste est essentiel.

Les chansons SHINE ON BRIGHTLY et QUITE RIGHTLY SO sont dans la lignée de CONQUISTADOR ou HOMBURG, avec des sonorités assez révolutionnaires et des breaks impressionnants, avec un soin affirmé sur les mélodies, une marque de fabrique du groupe.

RAMBLING ON est peut-être la plus belle chanson de l’album et son style laisse présager ce que PROCOL va confirmer sur son album suivant, le sublime A SALTY DOG.

La 2ème face de SHINE ON, quant à elle, contient un monument de 18 minutes intitulé : IN HELD ‘TWAS IN I.

Construit autour de 5 thèmes, le titre est l’association de chaque 1er mot des 5 parties.

L’ambiance est tantôt mystique avec cet intro parlée par Brooker, tantôt baroque sur TWAS TEA TIME AT THE CIRCUS, et enfin classique comme sur GRAND FINALE. Tout le morceau est dominé par l’orgue hanté de Matthew FISHER qui assume un rôle de plus en plus important au niveau des compositions du groupe.

Matthew FISHER partage le chant avec Gary BROOKER, et TROWER est totalement stupéfiant à la guitare. Ce dernier donne d’ailleurs un aperçu de son talent.

Avant cela, jamais un groupe n’a composé un morceau aussi long d’une telle qualité sans jamais lasser l’auditeur. Seul PINK FLOYD avec ECHOES peut lui être comparé.

 

L’écoute de ce disque est toujours un moment particulier. Je le passe toujours en entier.

Je n’écoute rien avant et rien après, afin de profiter au maximum de cette musique lumineuse, hors du temps. Ce sont des moments rares.